vendredi 14 juin 2013

Voyage voyage...

Encore dans mon lit, je visse mes écouteurs sur mes oreilles, je laisse mon iPod choisir sur quelle note démarrer ma journée... et c'est un clin d’œil magique...
Telle une douce complainte, le violon entraîne mon âme dans la lointaine argentine. Soudain je suis dans une rue pavée à peine éclairée, habillée d’une robe noire fendue, un rouge vif colore mes lèvres. Une ombre s’approche, m’étreint, et sur le rythme de ce Nuevo tango, suivant la voix du violon, nous dansons dans l’obscurité chaude de cette nuit. Plus rien n’existe que nos deux corps enlacés, la musique qui semble émaner de l’intérieur de nos poitrines. Nous partageons le même air, avons la même respiration. Je n’existe plus, lui non plus. Seule cette étreinte à cet instant précis est réelle. Le reste n’a plus d’importance ni même de consistance. Sa chemise pourpre colle de sa sueur perlée qui me rappelle une odeur d’enfance heureuse, d’étés à courir dans les champs de coquelicot, à plonger dans l’eau fraîche des ruisseaux, à dorer au soleil en mâchouillant un brin d’herbe. Le sourire enfantin de ceux qui retrouvent la mer après une longue absence. Découvrir qu’on s’est manqué, ne plus vouloir se quitter, ne plus dormir tant les étoiles sont belles et envoutantes, s’hypnotiser avec la lune, s’enivrer de l’odeur de l’herbe coupée, danser et tournoyer sous la pluie estivale, sans plus jamais vouloir s’arrêter. Un rire à gorge déployée, la joie pure et sans artifice de l’enfance. Un voyage dans les méandres de mon âme, ai-je retrouvé la trace d'une vie antérieure ?

La journée peut commencer !
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lundi 20 mai 2013

L'urgence de partir

Je suis rentrée à Auroville comme prévu, après avoir découvert un lieu extraordinaire, Dharamsala, une colonie Tibétaine où est installé le Dalaï Lama. J'ai découvert la vie des réfugiés tibétains, été bénie par un Rimpoche, pris un cours d'initiation au bouddhisme dans un centre de médiation, dans les montagnes, où règne une atmosphère si paisible que cela réduit au silence. Bref, j'y étais bien, et les quatre jours que j'y ai passés m'ont semblé être plutôt quatre semaines ! Un étrange sentiment m'animait quant à mon retour à Auroville, je sentait que je ne devais pas y retourner maintenant. Mais je m'y étais engagée, je devais aussi profiter d'un ami qui allait partir six semaines en France. J'avais prévu de garder la maison d'un autre ami, et de donner un coup de main dans une librairie. Quelle erreur d'avoir pris de tels engagements ! Dès mon arrivée, déjà, la chaleur a été très difficile à supporter : je n'y suis pas habituée. Si ça n'avait été que ça, il aurait seulement fallu quelques jours d'adaptation. Je me suis installée dans la maison il y a une semaine, et alors quelque chose m'a complètement plombée, impossible de lire ou d'écrire, juste l'envie de fuir. Que faire, respecter ma décision d'il y a plus de deux mois, alors que j'étais très enthousiaste sur le moment à propos d'Auroville parce que ça m'apportait exactement ce dont j'avais besoin ? Certaines conditions ne m'avaient pas été précisées sur le moment (la chambre avec la clim ne me serait pas laissée ouverte par exemple...). J'étais mal, pendant plusieurs jours je ne savais sur quel pied danser. Quelque chose dans l'air me parait très lourd, et ce n'est pas une question de température... je suis très sensible aux énergies des lieux, et là, ça n'allait pas du tout ...Je commence à compter les semaines, les jours, qu'il me reste en Inde avant mon retour en France : moins de six semaines maintenant. L'angoisse de regretter le choix trop facile de rester dans un lieu connu, dans un grand confort, et de ne pas aller dans les lieux que j'ai envie de découvrir. Je n'ai pas vu un dixième de l'Inde, et c'est normal, mais rester ici pour ces six dernières semaines m'a soudain Et alors avant-hier, j'ai paru grotesque. Alorsj'ai pris la décision que non, ça ne me convenait pas, ce n'était pas ce que je souhaitais emporter comme image d'Auroville et de la fin de mon voyage. Avant-hier, j'ai décidé d'écouter ça, malgré ma raison qui me martelait "Reste, tu t'es engagée". Nous avons trouvé des arrangements avec les autres personnes de la librairie, et le voisin qui s'occupera du chat de la maison. Depuis je me sens heureuse, très excitée à l'idée de reprendre la route, pleine d'énergie. J'ai l'impression d'être encore plus enthousiaste que lorsque je suis partie en septembre ! Savoir que je vais encore faire face à l'inconnu, tout est absolument possible, une belle rencontre, une belle expérience, l'Inde s'ouvre à nouveau à moi, quel bonheur ! J'ai donc arbitrairement décidé de partir jeudi soir, pour Madurai, puis j'ai trouvé une retraite bouddhiste pour quelques jours, puis j'ai d'autres jolis projets de lieux dont je vous parlerai lorsqu'ils se confirmeront (une chose est absolument certaine : je remonte à Dharamsala !) L'urgence de suivre mon coeur était si forte que je me devais de lui être fidèle, malgré tout ! Je refais ma valise pour la millième fois, avec beaucoup de plaisir et d'excitation, l'idée des heures interminables de train ou de bus m'enchante. J'ai pris la bonne décision, c'est évident. Je n'en dors presque plus, j'ai l'impression d'avoir 5 ans et de savoir que demain on part à Disneyland ! 
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mercredi 15 mai 2013

Un moment de douceur inouïe


J’étais ce week-end à Bangalore, pour revoir des amis rencontrés il y a plusieurs semaines, et pour suivre un workshop de tango. Après deux heures de cours, nous avions une « practica », c’est-à-dire une heure de danse libre pour nous permettre de nous entraîner  Une jeune femme a annoncé au prof qu’elle quittait définitivement l’Inde quelques jours plus tard, et que son déménagement l’empêchait de rester pour la practica. Il en était désolé, abasourdi. Alors il a annoncé à tous les cavaliers qu’ils se devaient de danser un tango chacun avec elle. Elle a paru touchée mais alarmée : elle devait partir, et danser avec 10 personnes prendrait un temps fou. Les lumières un peu crues ont été éteintes pour ne laisser dans la pièce qu’une douce lumière rouge, tamisée,  agréable. La musique a commencé, le morceau était calme dans cette chaude atmosphère. Quelqu’un l’a invitée à danser, et ils ont glissé sur la piste tels deux cygnes sur l'eau, jusqu’à ce qu’un autre cavalier vienne prendre la place du premier, après quelques pas seulement. Cela m’a semblé si naturel, comme une entente tacite entre ces deux hommes.  Et ainsi de suite : pendant trois minutes, tous se sont relayés pour la faire danser. Il n’y a pas eu de faux pas, d’embarras, cela semblait presque chorégraphié à mes yeux. Il se dégageait une douceur infinie, chacun prenait soin d’elle comme s’il eut s’agit d’un nouveau-né ou d'une porcelaine précieuse. Le premier semblait confier au suivant un objet d’une valeur inestimable. Le temps s’est comme suspendu, ma respiration également. Je goûtais cet instant intemporel avec délice. De chacun des couples qui se formaient toutes les vingt secondes se dégageait quelque chose de différent mais de beau, terriblement beau. C’est un cadeau de départ superbe qu’elle a reçu là, j’en ai été bouleversée.
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vendredi 3 mai 2013

Barcelona Lovers : I need help !

Alors que j'ai des milliers de choses à vous raconter, alors qu'il me reste 2 mois d'aventures indiennes avant de rentrer en France, je me rend compte que le temps passe vite et que la rentrée scolaire (au secours) approche à grands pas ! Et oui, en septembre, je retourne sur les bancs d'école, et pas n'importe où : à Barcelone !
Bien entendu, comme je ne fais jamais les choses simplement, je ne parle pas (enfin, plus depuis le Bac) Espagnol (ce qui de toute façon ne m'aurait guère aidée à Barcelone, n'est-ce pas ?) et je dois avouer que l'Espagne ne m'a jamais attirée que pour l'Andalousie... mais depuis que j'ai découvert le tango et que surtout j'ai peut-être trouvé une très bonne prof argentine là-bas, l'idée de m'y installer à mon retour d'Inde !

Donc je me suis dit que je pourrais faire appel à vous pour Barcelone, car j'ai besoin de trouver une collocation, et puis peut-être avez-vous des coups de coeur à partager, des conseils, que sais-je ? J'entend mille et une histoires sur cette ville qui semble magique, et je commence à avoir hâte de la découvrir !

Merci pour votre aide ! (et les aventures indiennes continuent !)
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lundi 15 avril 2013

Mysore, la ville aux milles trésors

J’avais entendu beaucoup de bien de cet endroit, qu’on me décrivait comme « Magique, magnifique, reposant », et quantité d’autres adjectifs plus convaincants encore. Alors j’y suis allée, sans trop de programme. La veille de mon départ, j’étais à Bangalore pour un workshop de tango (Oui, vous savez, je suis mordue…) et là j’y ai rencontré RAKESH, très bon danseur qui se rendait justement à Mysore, sa ville natale, pour deux jours. Gentillesse indienne oblige, il s’est occupé de moi pendant tout mon séjour, m’emmenant partout, là où jamais je n’aurais pu aller sans me payer des galères pas possibles et surtout, il m’a chaque fois expliqué l’histoire des lieux. Quelle chance ! En plus d’un agréable compagnon, j’ai eu droit à un guide bien au fait de son sujet ! Saurais-je être aussi précise à propos de Paris ? Je n’en suis sincèrement pas certaine…

Mysore restera pour moi le lieu où j'aurai gravi une montagne en empruntant un escalier de 1000 marches à 7h du matin, la ville des épices et des couleurs, du bois de santal, de l'encens, plus que partout ailleurs. C'est là où j’ai mangé les meilleures dosas de mon voyage, découvert des sweets absolument divins, me suis régalée de street food jusqu’alors inconnue, j'ai adoré me promener dans le marché de la ville qui est d'un calme incroyable (je me suis d'ailleurs demandé ce qu'il se passait pour que ça soit si tranquille et silencieux, mais c'est simplement que dans cette ville, les gens ont un rythme à la cool !). J'ai vu des écrivains publics pour la première fois de ma vie, c'est idiot mais ça m'a fascinée... Nous avons visité des Palais superbes, assisté à un spectacle son et lumière avec des jets d'eaux dans un jardin un peu à la française, sur des chansons bolywoodiennes, nous nous sommes promenés dans des parcs, avons vu des animaux, été dans des temples... bref, une très belle expérience, une très belle rencontre aussi, et comme premier pas (après Bangalore, mais ça ne compte pas vraiment) de reprise de la route, je trouve que c’était vraiment parfait ! Le tango m’aura permis de belles rencontres, simples, sincères, inattendues ! Que me réserve donc la suite ?

1000 marches, c'est pas une blague !




Palais de Mysore...une vraie merveille à l'intérieur !


Des écrivains publics ! Du jamais vu !

encens et parfums faits sur demande

Bois de Santal... un régal pour les sens !

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vendredi 22 mars 2013

Danser la vie


Le silence se fit un instant dans la pièce, avant de faire place à un swing endiablé, signe d’un entr’acte bien mérité pour les danseurs épuisés. Elle regarda à travers la foule qui reprenait son souffle, timide, mal assurée. Elle croisait des regards qu’elle n’accrochait pas, se demandant avec qui elle passerait le prochain quart d’heure. Si elle espérait qu’il fut un bon danseur, elle se préoccupait surtout de l’attitude de ce partenaire : serait-il bienveillant, à l’écoute, humble ? Serait-ce un bavard, un drôle, un guindé, un prétentieux ? La tiendrait-il très serrée ou au contraire à bout de bras ? Allait-il la guider avec douceur, mollesse, vigueur, brutalité ? Tant d’inconnus la rendaient nerveuse, comme à chaque intermède musical. Ses yeux balayaient l’espace, elle ne savait pas si elle voulait ou non être invitée. Chaque fois le même combat se livrait en elle : elle redoutait et adorait cet infime moment de la rencontre avec l’autre ; instant d’éternité empli des promesses de l’inconnu. Elle oscillait entre regarder ostensiblement le sol, signe qu’elle ne souhaitait pas danser, ou bien au contraire promener son regard sur les uns et les autres. Elle ne s’était pas encore décidée lorsqu’un regard l’accrocha, à l’autre bout de la pièce. Malgré la pénombre, elle ne put s’en défaire. D’un mouvement perceptible d’eux seuls, ils s’accordèrent cette danse. Personne n’aurait su dire comment ils avaient communiqué mais déjà, ils étaient reliés par quelque chose que rien ne pourrait entraver.
La musique reprit, d’abord doucement puis de plus en plus dynamique. Ils se rapprochèrent tandis que les sonorités latines offraient à l’imaginaire des évasions exotiques. Très proches maintenant, face à face, ils prirent une profonde inspiration, les yeux toujours plongés dans ceux de l’autre. Il l’enlaça d’un bras et lui offrit sa main libre. Elle répondit à son invite, et tandis que leur étreinte se mettait naturellement en place, chacun apportant les infimes arrangements pour qu’elle fût parfaite, elle ferma les yeux et ensemble, ils commencèrent, imperceptiblement, à tanguer d’un pied sur l’autre afin d’accorder tous leurs mouvements à l’autre et à la musique. Et la danse commença, unique, concordance parfaite, éternité momentanée, beauté intemporelle et magique d’une rencontre des âmes…

Voilà deux semaines que j’ai commencé à prendre des cours de tango argentin, de façon quasiment intensive puisque pendant 10 jours j’ai eu des cours quotidiens. Des soirées de pratique et des  Milongas (sortes de Bals) étaient organisés, à l’occasion du Holi Tango Festival d’Auroville. Ce fut pour moi une révélation. Je suis plutôt une danseuse de rock (comme je vous le racontaislà), je n’avais jamais pensé au tango que comme une danse incroyable, inaccessible, terriblement sensuelle et vraiment difficile. Bref, pas pour moi. Et pourtant… Et pourtant, je prévois déjà de trouver des cours lorsque je m’installerai à Barcelone dans quelques mois, je pars avec plaisir à Bangalore la semaine prochaine car je sais que je pourrai y suivre un cours, je bouscule mes plans pour aller suivre un cours et une pratique à Pondichéry. Cela ne m’apprend pas uniquement des pas, mais une posture face à l’autre, une ouverture, une écoute. La sensation que j’ai dans les bras d’un danseur est magique, intraduisible pour le moment ; je ne cherche même pas à l’expliquer. Si j’aime danser, regarder les couples se mouvoir sur la piste est pour moi un vrai bonheur : il est quasiment impossible de savoir quand le danseur va lancer l’impulsion du premier pas, et pourtant je m’étonne toujours de voir que la danseuse va presque instantanément suivre son partenaire dans un mouvement miroir. Incroyable synchronisation, jeux de pieds qui paraissent si complexent et beaux,  corps qui semblent liés presque comme dans une étreinte amoureuse et ne forment plus qu’une entité souple, mouvante, quasiment divine… Si le danseur est expérimenté, il pourra emmener sa partenaire dans des figures qui l’intimidaient lorsqu’elle voyait d’autres femmes les exécuter. Mais si elle est totalement à l’écoute de l’homme, et si lui met le soin et la précision nécessaires à chaque pas, alors elle sera capable de ce que même en rêve elle n’osait espérer.

Je suis complètement débutante, donc j’ai eu pas mal de difficultés avec certains danseurs, et puis on ne s’accorde pas toujours bien, expérience ou pas. Mais j’ai eu aussi des tangos fantastiques, durant lesquels je ne me sentais plus maîtresse de mon corps. Quelque chose de magique s’opérait ; comme m’a dit un ami : ces tangos-là, ce sont de vrais voyages, et ce sont des cadeaux qui n’ont pas de prix. 
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mercredi 27 février 2013

Je n'avais jamais pleuré devant un paysage...

... mais c'est maintenant chose faite ! Depuis deux jours, je cours un peu histoire de voir un peu du pays Sri Lankais, qui est si merveilleusement beau et culturellement riche (bien que je ne prenne pas le temps de me pencher plus avant sur les histoires de chaque grotte, temple, Bouddha et ruine). Après avoir visiter Anuradhapura en vélo hier et avoir gravi la colline fantastique de Mihintale pour le coucher du soleil, après avoir exploré les grottes et admiré le temple d'or de Dambulla, je suis arrivée à Sigiriya en fin de matinée aujourd'hui, épuisée. Après un petit déj tardif fait de plats typiques Sri Lankais et d'un divin jus d'avocat au miel (j'en totalise 3 en une seule demi-journée, c'est pour vous dire à quel point il est délicieux), à deux heures, j'ai coiffé mon nouveau chapeau de paille-cow boy et chaussé mes lunettes de soleil de starlettes qui, avec mes habits indiens, me donnent un look absolument hors du commun et complètement grotesque - ce qui ne me déplaît pas totalement. Et j'étais prête à affronter le soleil qui tapait pour grimper sur le Rocher de Sigiriya (le "rocher du lion"), à 370m de hauteur. Lorsque je suis arrivée en haut, après pas mal d'aventures (entre autre un groupe de trois sri lankais travestis et se dandinant, hélant tout le monde et me gratifiant à chaque passage de "helloooo sisteeeer", et courant après chaque beau garçon qui passait en réclamant des baisers), la vue m'a littéralement coupé le souffle. Le rocher lui-même est impressionnant mais le paysage était époustouflant, à un tel point que cela m'a arraché des larmes de stupéfaction et de bonheur. La nature se révèle là dans toute sa splendeur. C'était tellement magique que je suis restée scotchée là deux bonnes heures, imperturbable ("darliiiing, do you maditate ?" me demandaient mes trois nouvelles "copines"). J'aurais pu y passer la nuit je crois. J'ai dû m'arracher de cet endroit si spécial au coucher du soleil, puisque rentrer seule à pied est un peu dangereux. Du coup je n'ai rien visité de ce lieu à part le haut du rocher ainsi qu'une cave où l'on peut admirer de ravissantes peintures. Mais j'ai eu l'impression de faire un grand nettoyage intérieur. L'air me semblait plus pur, plus plein, comme capiteux. Je ne savais où poser le regard tellement tout me paraissait magnifique, vert, riche, éclatant. On pouvait apercevoir la vallée entourée de montagnes qui apparaissaient telles des estampes japonaises, de plus en plus mangées par la brume au loin. Les nuages semblaient jouer à assombrir certaines forêts, tout en laissant passer des rayons du soleil qui offrait une lumière à chaque instant différente.
Je ne pensais pas qu'on pouvait être si profondément et viscéralement ému devant un paysage... maintenant je saurai ce que ça veut dire lorsque je lirai "cette vue m'arracha un cri de surprise" ou quelque chose dans le genre... Instant magique d'intemporalité.


La voilà ma nouvelle copine















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lundi 25 février 2013

Et le voyage continue

Voilà bientôt un mois que je n'ai pas écrit ici. Le temps passe à une vitesse folle, bien que de façon complètement distendue. Et il s'est passé tant de choses !  Je suis restée à Auroville 6 semaines en tout, et je vous écris maintenant depuis un ravissant petit jardin d'une guesthouse d'Anuradhapura, au Sri Lanka. Et oui, je ne suis plus en Inde... C'est une visite éclair, le temps de refaire mon visa, que je récupérerai avec un peu de chance vendredi, pour un retour en Inde samedi aux aurores. Être loin de la terre indienne me donne un peu l'impression de ne pas être entière... cela n'augure rien de bon pour mon retour cet été ! Heureusement, le Sri Lanka a beaucoup de similarités avec l'Inde, bien que ça soit tellement différent que c'est finalement difficilement comparable. Ce que j'ai vu pour le moment me paraissait propre, civilisé, soigné, construit. Les femmes sont souriantes, presque toutes en jupes et petits hauts, les amoureux s'embrassent face à la mer et se tiennent la main en marchant, les rickshaws s'arrêtent aux passages piétons et des policiers vérifient qu'on ne traverse pas sauvagement la rue (je me suis fait reprendre deux fois déjà). L'eau est potable, on peut manger les fruits et la street food sans trop de risques, les gens parlent globalement bien anglais, ils sont souriants, accueillants, et paraissent bienveillants. J'aime l'Inde, mais j'avoue que c'est un bon petit bol d'air que de me retrouver ici quelques jours, bien qu'avec Auroville, je n'étais plus trop en Inde depuis plusieurs semaines.

Je suis tombée en plein pendant le week-end de la Poya, qui célèbre la naissance de Buddha lors de la pleine lune de février. J'ai donc vu hier une procession incroyable avec des éléphants décorés, des danseurs, des artistes en tout genre qui défilaient pendant des heures. Cela m'a rappelé le défilé que j'avais vu à Cochin le 2 janvier, mais là c'était encore plus impressionnant. C'est une culture totalement différente, et après avoir croisé des moines tibétains à Delhi, ça me fait bizarre de voir des moines au faciès singalais !

J'ai prévu donc tris jours de visites à proprement parler, et je me sens peu à l'aise à l'idée que je suis là sans rien connaitre du pays, de la culture, des traditions. J'ai un peu l'impression de profaner quelque chose, comme ces gens que je croise en Inde et qui disent en se marrant "mais qu'est-ce qu'il fout celui-là avec sa peinture sur la tronche?!" (allusion à une bénédiction au temple de Shiva...) Et puis je sais que je pourrais rester là plus longtemps, profiter d'être sur place pour visiter ce magnifique pays, mais je ne souhaite qu'une seule chose : rentrer en Inde au plus vite. J'ai déjà en tête des petites virées dans certains coins du Tamil Nadu, et je prépare un peu un voyage dans le grand nord, pour avril... Est-ce que l'Inde coule dans mes veines ?
En tout cas, le voyage continue...

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dimanche 3 février 2013

Je suis parfaitement à ma place

Il y a un mois, j'étais mal. Très, très mal. Un sentiment d'insécurité, de manque de sens profond m'étreignait. Je ne savais plus ce que je faisais en Inde, en voyage, j'oscillais entre rentrer en France et partir ailleurs sans trop savoir où aller. Les pays asiatiques ne manquent pas autour de l'Inde, et il y a plus d'un paradis qui ferait saliver les français frigorifiés à ma place. Et pourtant, nulle part je ne sentais de sens. Aller à Bali, au Cambodge, en Thaïlande ? C'était pareil pour moi. Je n'avais plus envie de découvrir de choses à l'extérieur, voyager pour voyager ne m'intéressait plus parce que j'avais l'impression que cette période était bouclée. J'ai passé presque quatre mois très riches en rencontres, découvertes et expériences, mais un matin, j'ai senti que tout ça, c'était bouclé, terminé. Une nouvelle période de mon voyage avait commencé, une nouvelle étape, et il fallait savoir comment l'aborder. Je sentais que mon temps en Inde tel qu'il avait commencé était fini, abruptement certes, mais bien révolu. Sortir de ma chambre étouffante me paraissait même impossible : je voulais être ailleurs sans savoir où.
Et puis je suis arrivée à Auroville, lieu dont j'entends parler depuis peut-être 10 ans, et où je m'étais confusément promis de ne pas mettre les pieds. Peut-être qu'avant, je n'aurais pas été prête pour cet endroit, mais lorsque j'y suis arrivée, c'était le moment parfait pour moi. Le voyage intérieur a pu commencer. Je ne veux être nulle part ailleurs, je me sens profondément à ma place. Chaque journée est une découverte plus profonde de moi et de la vie que je trouve de plus en plus fascinante. J'ai l'impression que plus rien n'arrive par hasard, que chaque pas me permet de faire sereinement le suivant, que chaque rencontre littéraire ou réelle devait se faire MAINTENANT et de cette façon. Je me découvre plus ouverte, plus bienveillante, plus sincère, j'ose encore plus dire et faire, sans jugement, que ça soit dans les rencontres mais aussi dans l'écriture, la peinture, la lecture.
Cet endroit est fascinant, son histoire est passionnante. C'est une cité-expérience assez incroyable. Bien entendu, tout n'est pas rose, il y a des problèmes comme partout. Plein de gens s'en plaignent, mais pour moi, c'est le lieu où je dois me trouver en ce moment, ma place est ici, et j'ai fait une rencontre inattendue : mon vrai MOI ! J'ai l'impression d'être sur le chemin de la paix et de la conscience..

Alors finalement, ce moment de mal-être était très certainement un passage obligé vers la lumière ! En tout cas, je vous remercie de m'avoir soutenue dans ce moment difficile !

Voilà le lieu de méditation, beaucoup plus sombre normalement... Immense pièce immaculée digne d'un film de science fiction
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dimanche 13 janvier 2013

La crise est passée

Vous vous en souvenez, je disais que j'avais besoin de trouver un lieu de retraite le plus vite possible, sinon je ne donnais plus très cher de ma peau (ni de mon voyage !) Un matin, n'y tenant plus, j'ai téléphoné dans une guest-house à Auroville, j'ai dit "Je craque, je dois quitter Trivandrum, j'ai besoin que vous me donniez une chambre lorsque j'arriverai, dans deux jours." Malgré la période ultra touristique à Auroville, André m'a donné une petite chambre simple, m'a accueillie à bras ouverts, et j'ai enfin pu arrêter de pleurer toutes les cinq minutes.
J'avais hésité à aller à Auroville, j'avais entendu tant de choses contradictoires... et pourtant, il m'a paru clair que c'était le seul échappatoire possible. Dès que je suis arrivée, une paix intérieure m'a envahie, je me suis sentie terriblement mieux. Il y a quelque chose dans l'air qui apaise l'esprit. J'ai décidé de prendre mon temps, de laisser les choses venir à moi. Le temps passe toujours aussi lentement, mais cela permet de faire plein de choses. J'ai commencé à prendre des cours de yoga, à suivre des conférences, j'ai fait une journée de workshop sur l'Intelligence Collective (je vous en reparlerai plus tard, car c'était passionnant). Tout est à disposition ici pour le développement personnel, le calme, la découverte. Je n'ai pas encore percé tous les mystères du fonctionnement d'Auroville, mais comme c'est une Utopie qui fonctionne depuis pas mal d'années, je trouve intéressant de s'y tremper un peu. Je pense même y rester quelques semaines, voire jusqu'à l'expiration de mon visa, qui sait ? Il y a une concentration de gens passionnants (certains sont perchés, mais après tout, chacun trouve ici sa place me semble-t-il) et il y a quand même des villages indiens au sein même d'Auroville. Je suis allée deux fois à Pondichéry, j'essaye de me replonger dans le bain indien mais je dois avouer que j'ai du mal à supporter ça plus de quelques heures maintenant. Ici je suis bien, dans une sorte d'enclave où tout est possible. J'ai une petite mobylette qui me permet d'aller partout, et je découvre le plaisir de rouler sans but, pour laisser les pensées passer, ressentir la forêt, apprécier les paysages, sentir l'air frais sur le visage. Ca me plait bien !
Ma nouvelle question est : où vais-je donc aller après l'expiration de mon visa pendant le mois où je vais devoir attendre un nouveau visa indien ? Mystère...
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jeudi 3 janvier 2013

J'explose !

C'est sans doute la fatigue, c'est sans doute la nouveauté du sud vs nord, c'est sans doute que mes attentes sont déçues, c'est sans doute parce qu'il fait une chaleur de fou, c'est sans doute... il y a un tas d'hypothèses qui pourraient expliquer mon état. Cela fait plusieurs jours que j'essaye de passer outre mais je ne peux plus faire autrement que de le dire : JE N'EN PEUX PLUS !
Aurélie (du blog Itinérance asiatique) me dit que 3 mois est un cap difficile et important dans un voyage. Me voilà en plein dedans alors, puisque ça fait plus de 3 mois et demi que je suis partie. Depuis 3 semaines que je suis dans le sud, je ne pense qu'à une chose : LA FRANCE ! Si le nord était atrocement sale, les gens violents et que tout demandait un effort surhumain (surtout dans les négociations et l'échange en anglais), le Kerala m'aura complètement anéantie. J'ai eu droit au mercantilisme de noël autant qu'en France puisqu'il y a ici une majorité de catholiques, vous n'êtes pas les seuls. Tout est bien plus construit ici mais du coup, il s'en dégage une sorte d’obscénité qui me dérange. Tout est horriblement cher à cause de la période touristique, on voit des gambettes blanches et des soutiens-gorges à peine cachés par des tee-shirts trop lâches, bref on se croirait sur la plage de Saint-Tropez en plein mois d'août.... Avec des indiens qui n'en peuvent plus de toute cette chaire et vous sussurent des trucs quand vous passez près d'eux.
Le Kerala est un Etat réputé pour être le plus éduqué, le plus avancé, avec 100% de gens lettrés. Et pourtant. Et pourtant, les kéralais sont aussi grossiers qu'ailleurs, ils vous marchent dessus sans vergogne, ils vous aboient dessus quand vous approchez de leur magasin, les conducteurs de bus sont aussi fous qu'au Népal (rappelez-vous mon aventure), d'ailleurs hier mon bus a eu un accrochage avec un camion (le conducteur pensait peut-être que son bus était rétractable comme celui dans Harry Potter).
Je vous le dis, on ne se rend pas compte de la chance qu'on a en France. Fleur de Menthe me disait une chose très juste qu'a dit un auteur récemment : "Lorsque je rentre en France de mes voyages, je me dis chaque fois que je mets les pieds dans un Paradis où tous les occupants se croient en Enfer." 
Et c'est vrai. On se plaint, mais comme c'est bien : des prix fixes, des gens qui font la queue, des voiries propres, des autoroutes clean, du goudron partout, des trottoirs... Jamais je n'aurais cru parler un jour de raffinement français... je ne suis pas chauvine, en général...

J'ai besoin de me recentrer, de faire le point. Il faut que je retrouve le sens de ce voyage. C'est clairement une nouvelle phase qui se dessine pour moi, mais l'entre-deux est difficile à vivre. Comme j'aimerais pouvoir dormir jusqu'à ce que tout soit réglé, que décision soit prise, que l'aventure continue positivement ! Presque 4 mois de marathon, de visites, d'énergie dépensée, de rencontres. C'était chouette ! Mais je m'essouffle et mon moral est complètement à plat.
Avant je m'amusais des manières rustres des indiens, de leurs façons étonnantes de s'habiller et de se comporter. Aujourd'hui, c'est Hiroshima à l'intérieur. Je n'ai plus aucune patience, aucune compréhension. Un  hotel qui me prend une réservation et qui à mon arrivée me dit "no we are full sorry, pick season" a de quoi me faire faire un scandale. L'homme qui me tousse au visage ou rote devant moi tandis qu'on est à table manque de se prendre une raclée dont il se souviendra. Ce matin, j'ai explosé car alors que je faisais la queue au musée, des types en pagne, torse nu et pied nus (j'aime bien dire qu'ils sont en pagne, en fait c'est un dhoti) me poussaient, leur peau suintante et odoriférante collant à ma peau, et m'ont bousculée pour passer devant. Elle ne s'est pas laissée faire la Blanche, ça je peux vous le dire ! Mais ce que je peux dire aussi, c'est qu'en Inde on ne peut pas avoir une tolérance zéro, sinon on est fichu. Alors, est-ce que je suis fichue ? Ce que je sais, c'est que j'ai besoin d'isolement, et vite ! C'est une question de jours, d'heures...
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mercredi 2 janvier 2013

De la relativité de l'argent

Aujourd'hui, j'ai pris un bus de Fort Cochin à Trivandrum (oui, on dirait le nom d'un camp romain dans Astérix). Le trajet durait 6h, et coutaît 143 roupies. J'ai tendu au contrôleur moustachu mes 200 roupies, et il m'a rendu 50 roupies au bout de 2h. Je lui ai demandé le reste de ma monnaie : il m'a dit des choses fumeuses que je n'ai pas comprises, sans doute parce qu'il parlait moitié anglais moitié malayalam (la langue kéralaise). J'ai attendu, je me suis dit qu'il avait largement le temps de me rendre mes 7 roupies. Mais alors que je les lui ai demandé une seconde, puis une troisième fois, j'ai bien saisi qu'il ne me les rendrait jamais. J'ai bouilli de rage, mince alors, 7 roupies, c'est un grand chaï, c'est 2 bananes et demi, c'est un samosa, un sachet de peanuts grillés, c'est... la liste est longue. 7 roupies, c'est un dixième du salaire du paysan, un centième de mon budget quotidien... Bref, en Inde, 7 roupies ça n'est pas rien, et j'étais agacée de me faire encore voler (oui, j'ai plein d'histoires à vous raconter...). Mais alors que j'allais les lui réclamer pour la quatrième fois, je me suis retenue et j'ai tenté de mettre les choses en perspective. 7 roupies, c'est un centime d'euros. Ce centime qui fait toute la différence pour les consommatrices, entre un produit à 9,99€ et 10€. Mais qui n'a pas fait tomber un centime d'euro et l'a laissée là parce que ce n'est pas grand chose ? Un centime d'euros, ça n'achète rien. C'est psychologique. Mais ici ça peut remplir un ventre, payer des médicaments, réparer un vélo, payer un peu d'essence. Je les lui ai laissées bien sûr. Cette mise en perspective m'a fait avoir honte de mon comportement. Mais ce n'est pas pour quelques piécettes que je me bats, mais pour le fait que les étrangers se font sans cesse avoir ici. Pour tout. On a un pouvoir d'achat complètement dingue ici, si vous saviez ! Mais est-ce une raison pour payer 10 fois le prix local ? Pour ne pas récupérer sa monnaie ? Une indienne ne laisserait jamais un commerçant garder une roupie de monnaie. Alors pourquoi devrions-nous laisser passer ça ? Si on se place dans une nouvelle perspective, pouvons-nous imaginer en France de faire payer plus cher des japonnais juste parce que ça se lit sur leur visage qu'ils sont étrangers ?
Ici, ma relation à l'argent change. Je me bats pour quelques centimes d'euros tous les jours, alors qu'en France, je dépense bien plus volontiers. Pensez-y : une baguette coûte 1,10€. Ici, pour 100 roupies, on a beaucoup de choses... C'est le principe d'être vue comme un portefeuille sur pattes me déplaît tant, et je calque mon comportement sur les indiens, je les interromps pendant leur chaï pour leur demander combien ils l'ont payé, j'apprends les chiffres en hindi pour pouvoir comprendre les négociation au marché. J'essaye de tenir un budget très serré, rognant sur mon confort, sur la propreté, sur la tranquillité d'esprit. Mais il devient nécessaire de prendre en compte cette relativité de l'argent parfois, sinon toute l'énergie y passe. Trouver le juste milieu, mais ce n'est pas simple...
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lundi 17 décembre 2012

Une si belle expérience


Après 15h de train, je n’étais pas très fraîche lorsque je suis arrivée de bonne heure à Varanasi le 13 novembre. C’était le jour de Diwali, (équivalent indien de noël). J’ai filé à l’école, sans passer par les cases douche et lit dont je rêvais depuis des heures, parce que les enfants recevaient des sweets pour l’occasion. Lorsque je suis entrée dans la petite cour de l’école et que je les ai vus, alignés sous le préau à attendre leurs douceurs, le visage heureux, les yeux pétillants et un sourire aux lèvres, toute la fatigue s’est envolée, et je me suis sentie très émue. Emue, mais aussi timide : allaient-ils m’aimer ? Est-ce que je n’allais pas faire d’erreurs, est-ce que j’y arriverai ? Avec qui allais-je avoir des accointances ? Allais-je me souvenir de tous leurs prénoms ? Toutes ces questions se sont pressées dans ma tête, je dois l’avouer : ces petites têtes brunes m’intimidaient !

Cinq semaines se sont écoulées, et maintenant les questions qui se pressent sont différentes :  vont-ils rester à l’école ? Les reverrai-je ? Se souviendront-ils de moi ? Est-ce que je leur ai vraiment apporté quelque chose ? Eux m’ont apporté tellement ! Je me suis attachée à chacun d’eux, leur préparant le petit déjeuner tous les matins avec amour et attention, vérifiant les vrais bobos des uns et les faux des autres (parce qu’ils veulent tous avoir des pansements et sont prêts à se blesser exprès pour en avoir…), j’en ai amenés quelques-uns chez le médecin, j’en ramenais certains le soir sur mon vélo. Leurs cris de joie lorsque je leur montrais les différents types de coloriages, que j’ai sorti les billes ou que nous avons fait un petit tournoi de relais résonnent dans ma tête. Un rien les rend heureux, et c’est une leçon précieuse. Malgré la barrière de la langue (je ne baragouine que quelques mots usuels d’hindi et eux presque pas d’anglais) j’ai réussi à communiquer avec eux, à avoir des « private jokes », à rire, faire des blagues. Qui l’eut cru ?

Bien sûr, ce sont des enfants, et donc je rentrais parfois épuisée, sur les nerfs, et frustrée de ne pas pouvoir me faire comprendre lorsqu’ils faisaient une bêtise ou semblaient poser une question. Comment aider un enfant qui a mal sans savoir de quoi il souffre ? Une petite fille qui pleure lorsque je lui demande pourquoi elle se conduit mal et si elle a des problèmes à la maisons, comment lui apporter mon aide ? Un câlin et un bisou effacent les larmes, mais les blessures sont peut-être plus profondes, et j'ai dû me résigner à mon incapacité à les soulager. C'est la vie, je ne suis qu'humaine !

J’ai découvert comment fonctionnait cette petite association française implantée à Varanasi qui, à l’inverse de tant d’autres assos, est honnête et ne passe pas son temps à machiner pour détourner des fonds. Non, et le jour où parrainer un enfant sera possible (la demande est en cours d’un point de vue fiscal) et que je gagnerai ma croûte, comptez sur moi pour parrainer un de ces bouts de chou ! Le système de fonctionnement est intelligent et tend à l’autofinancement : Emi (initiatrice sur place du projet) a ouvert une boutique de bijoux qu’elle créé et vend au profit de l’école. Elle emploie deux jeunes filles charmantes, qui sont étudiantes mais peuvent aider financièrement leur famille et apprendre un métier concret ! Combien d’heures ai-je passées dans cette boutique reposante, à essayer tous les colliers, me pâmer devant les boucles d’oreille (d'ailleurs les copines, préparez-vous, j'en ramène pour tout le monde!!), regarder les filles faire des bijoux en maccramé avec des pierres, tout en buvant un café au lait et mangeant des samosas…ah, ça va me manquer, je le sens ! 

Voilà une expérience riche de sens pour moi, je pense qu'ils m'ont apporté plus que je n'ai pu faire pour eux... Pour le dernier jour, on m'a préparé un petit goûter surprise et les enfants m'avaient fait des coloriages. J'ai été tellement émue, je ne voulais plus les quitter ! J'emporte avec moi le pétillement de leurs yeux et l'éclat de leur sourire, qui éclipsent tout le reste...

Si vous voyez un bout de blond, bah c'est moi ! Les enfants sont si excités par les photos qu'ils ne tiennent pas en place deux minutes ! J'adore !

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dimanche 9 décembre 2012

Mes combats quotidiens chapitre 1

En ce moment, chaque journée est sinon une épreuve, en tout cas une véritable aventure où je risque ma peau ou ma bonne humeur à chaque instant. Je suis bénévole depuis un mois dans l'association Zindagi, qui a créé une école pour enfants défavorisés à Varanasi. C'est à environ 2,5 km de ma guest-house. Tous les matins, je me lève, prends mon petit-déj et file à 9H50, en vélo, apporter le petit déjeuner des enfants (un jour sur deux, j'achète des fruits et des biscuits au marché, et le reste du temps ce sont des idlis, petits pains vapeur trempés dans du chutney de coco dont se délectent les enfants : c'est une spécialité du sud). Sur le chemin, les shops ouvrent peu à peu, les marchés s'installent, les tapissiers cousent des matelas, les gens mangent debout près d'un petit stand de nourriture, les enfants bien coiffés et en uniforme partent pour l'école. Mais mieux vaut ne pas trop s'attarder sur le paysage, sinon il est certain qu'on va rentrer dans les jambes de quelqu'un, piéton ou motard. C'est déjà arrivé, donc maintenant je n'apprécie la vie de cette route lorsque je vais à l'école en vélo-rickshaw : c'est plus prudent !

Sur le chemin, je sors souvent de mes gonds car tout le monde conduit n'importe comment, les piétons traversent sous mes roues, bref, pas un jour ne passe sans que je manque de perdre une main ou que j'hurle sur un conducteur idiot. Je slalome entre les vaches, les chèvres, les rickshaws, les vélos, les buffles qui se mettent à courir sans qu'on s'y attende. Je me bats donc pour ne pas valser de mon vélo.
Il arrive très souvent de me retrouver en sandwich entre un tracteur et un rickshaw bondé pressé. Tous mes sens sont en alerte, pas question d'avoir le nez en l'air !

Puis lorsque j'arrive aux alentours de l'école, il arrive que je vois un enfant qui est dans la rue : on m'entend crier sous mon masque anti-pollution "school, school !" alors que je fais les gros yeux tout en essayant de garder mon équilibre sur le vélo encombré des sacs de fruits ou des grandes gamelles en alu avec le chutney et les idlis. Arrivée à l'école, il y a toujours quelque chose qui fait que je vais me fâcher : des mégots, des emballages de tabac à chiquer qui traînent, la vaisselle de la veille qui n'a pas été faite (ou mal faite), le boitier du savon qui a disparu, une vieille dame qui se lave au milieu de la cour de récré en utilisant le savon des enfants, des gamins des environs qui essayent de s'incruster pendant le petit déj...c'est sans fin, personne ne parle anglais et je ne parle pas hindi. Se faire comprendre est une épreuve, et le pire c'est l'après-midi lorsque je vais à l'école pour faire 2h d'atelier avec les enfants. C'est chouette, valorisant, passionnant, mais c'est tellement compliqué ! Ils sont en général entre 15 et 20 l'après-midi, d'âges variés et de niveau scolaire différent. Leur expliquer ce qu'on va faire est difficile, même avec mon petit livre de conversation en hindi qui ne sert pas à grand chose puisqu'ici, ils parlent hindi mélangé à d'autres dialectes... Mais c'est un autre combat quotidien, les enfants, je vous en dirai plus la prochaine fois ...

PS : Pas de photo de la route ou de moi sur mon vélo... si j'avais essayé d"'en prendre une, je ne serais plus en mesure d'écrire des articles avant un bout de temps je pense ;-)
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jeudi 15 novembre 2012

Bilan de deux mois en Inde !

Voilà deux mois que je me réveille tous les jours en me disant « c’est formidable, je suis en Inde, que va-t-il m’arriver aujourd’hui ? » Tout est si imprévisible, fascinant, nouveau, étonnant, étrange, incompréhensible, différent ! Depuis mon bilan du mois dernier, j’ai mis mes pieds dans le Gange et compris l’importance spirituelle de ce fleuve qu’on appelle ici « Mother Ganga ». J’ai retrouvé mon amoureux, fait un safari dans le désert du Thar à dos de chameau et dormi à la belle étoile avec les renards qui rodaient dans les dunes, visité des forts dignes du Seigneur des Anneaux, touché le Taj Mahal, porté un sari, négocié pendant des heures pour toutes sortes de choses. Je me suis retrouvée dans une jeep avec 21 autres personnes, en panne d’essence, sans personne qui ne parle un mot d’anglais. Je me suis payé un massage ayurvédique, j’ai vu une chèvre avec une veste et un buffle avec un collier de perles, été prise en photos 300 fois par de parfaits inconnus, j’ai sillonné le Rajasthan jusqu’à ne plus en pouvoir, et j’ai mangé, mangé, mangé. Tout est tellement bon si vous saviez ! Ce que je préfère, c’est la nourriture de rue. Une seule règle : mangez là où sont les femmes et vous ne serez pas malades ! J’applique cette méthode depuis deux mois, et ça marche ! 


Je suis actuellement à Varanasi ( = Bénarès), la ville sainte par excellence. En mourant là, les hindous sont certains de sortir du cycle de réincarnation et d’atteindre enfin l’Eveil : beaucoup de gens font donc des pèlerinages pour venir mourir ici, où il existe des mouroirs destinés à cet effet. La mort côtoie la vie quotidienne, on peut voir les bûchers funéraires sur les marches qui mènent au Gange au milieu d’une promenade. Je n’y suis pas encore allée car je ne m’y sens pas prête : la mort chez nous est un tel tabou que voir des corps enveloppés dans des linceuls et plongés dans le Gange ou en train de brûler sur un bûcher pourrait m’être violent. Partout on peut voir des gens aux crânes rasés : des fils ainés qui sont venus remplir les rites funéraires de leurs parents ; des femmes qui ont donné leurs cheveux en offrande au Gange au terme de leur pèlerinage à Varanasi. En ce moment, c’est Diwali, la fête des Lumières, sorte de noël indien. Les pétards claquent à tous les coins de rue, les feux d’artifice illuminent le ciel, envoyé depuis les toits-terrasse des maisons. On ne s’embarrasse pas de sécurité ici, et chaque année on compte plusieurs morts et blessés graves.

Je suis à Varanasi pour quelques semaines, afin d’aider un peu Emi dans son association Zindagi. Elle a créé une école pour les enfants d’un bidonville de Varanasi. La scolarisation des enfants, ainsi qu’un petit déjeuner quotidien sont financées par les ventes d’une boutique de bijoux qu’Emi a également créée : elle fait elle-même de ravissants bijoux.

En ce moment, c’est les vacances, mais dès lundi, j’attaque à l’école ! Je prends conscience tous les jours de la chance infinie que nous avons, les femmes en France, d’être libres. Nous pouvons faire les études que nous voulons, décider ou non de nous marier, être indépendantes, louer un appartement seules… Ici, la condition des femmes est telle que j’en ai parfois des haut-le-cœur. J’essaye de comprendre, mais c’est si différent de notre conception de la vie que c’est difficile. Je lis en ce moment le très bon livre d’Elisabeth Bumiller, May you the Mother of a hundred sons, qui m’éclaire un peu. Dans quelques mois, je comprendrai peut-être mieux…

Une chose est sûre, même si la salade verte et le fromage de chèvre me manquent (ainsi que famille, amis et amoureux), je ne voudrais pas être ailleurs qu'ici... Tout est si enrichissant, je me sens grandir !


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samedi 13 octobre 2012

Bilan après un mois en Inde

Me voilà en Inde depuis un mois ! C’est fou, j’ai l’impression que cela fait une vie entière que je suis partie ! Quand je pense à ma vie française, je la sens proche et terriblement loin à la fois. Je ne sais déjà plus quel goût ont la salade, le chèvre et le jambon, je sais juste que ça me manque. Je commence à me perdre dans les jours de la semaine et dans les dates. Mes repères ont été balayés au moment où j’ai posé le pied à Delhi le 16 septembre. Tout est différent, à réinventer en permanence. Chaque pas est une aventure, une découverte, une rencontre. La vie ici va à mille à l’heure et pourtant tout est d’une lenteur effroyables pour nous, français pressés. Les indiens vivent dans une langueur qui nous ferait sortir de nos gonds à Paris, ferait surgir des pulsions meurtrières (encore plus que celles qu’on peut avoir à la Poste parfois ou dans le métro). Alors je m’adapte, je prends le pli indien, la démarche, la façon de m’adresser à chacun. Malheureusement je ne baragouine que quelques mots d’hindi mais déjà lorsque je négocie mon kilo de bananes à un prix local en hindi, je sens un peu plus de respect. La négociation, parlons-en. Tout n’est que marchandage : c’est le sport national. Si on ne marchande pas, les vendeurs ne sont pas contents. Parfois je me demande s’ils ne font pas exprès de demander un prix exorbitant parce qu’ils espèrent jouer un peu à la marchande. J’en suis sûre même, car ils ont souvent ce sourire enfantin en coin, et lorsqu’on rit de l’énormité qu’ils viennent de sortir, ils sont hilares et commencent à être sympathiques. Sacrés indiens. Il arrive d’avoir affaire à des gens absolument exécrables, ou encore des fainéants qui n’ont pas envie de travailler et refusent que vous montiez dans leur rickshaw. Il n’est pas rare de voir un employé de bureau ronflant les pieds sur la table, dormir parce qu’il était fatigué. Etrangement, je n’imagine pas mon banquier faire ça, surtout si on le voit de la rue. Ici les gens suivent le rythme de leur corps, et dorment dès qu’ils sont fatigués : on peut voir des femmes faire la sieste sur le trottoir (quand trottoir il y a). Vous imaginez votre mère faire ça ? J’ai découvert également, contre toute attente, que les indiens mangent environ toutes les deux heures et se font franchement plaisir ! Tout est excuse à manger ou boire de bonnes choses : après avoir psalmodié des chants religieux dans leur temple, les femmes mangent des sweets (délicieuses patisseries faites de beurre, sucre et d’autres choses que j’ignore) et de la poudre de noix de coco sucrée absolument divine. Rien à voir avec nos hosties sans goût ! On boit du chai à tous les coins de rue, on mange parfois des snacks à n’importe quelle heure, et ce n’est pas une pomme comme par chez nous mais plutôt un bon samossa bien chaud ou des petits piments frais (pour ma part, j’évite).
En un mois, je suis allée à 9 endroits différents, mais je n’ai pas couru comme on pourrait se l’imaginer, j’ai dédié le temps nécessaire à chaque lieu. Et puis je l’ai dit, ici le temps est complètement distendu, les distances parcourues sont inimaginables (six heures de train pour faire 250 km). J’ai passé les deux premières semaines seule : Delhi / Jaipur / Amber / Bundi / Chittorgarth. Dans chacun de ces endroits, j’ai rencontré d’autres voyageurs ainsi que des locaux. C’était vraiment chouette. Puis j’ai retrouvé Laure (qui a déjà passé 6 mois en Inde l’an dernier et qui est revenue parce qu’elle avait eu un goût de trop peu) à Udaipur et ensemble nous sommes allées à Ahmedabad, Anand, et nous voilà à Diu.
Il m’est arrivé pas mal d’aventures, entre un singe qui a voulu m’attaquer, un buffle qui m’a chargée à cause de mon pantalon rouge, 45 km en vélo à travers la campagne Rajasthani, une baignade dans des grandes chutes d’eau avec 30 indiens qui me regardaient, des familles qui m’ont nourrie à ne plus en pouvoir, parfois en me mettant la nourriture directement dans la bouche. J’ai gravi une colline et escaladé un fort, fait de la peinture miniature sur soie, appris une vingtaine de recettes de cuisine typique, me suis enfuie d’un barbecue alcoolisé avec des tibétains, d’une soirée enfumée où les lassis étaient mélangés à du hachisch, j’ai déjà passé des dizaines d’heures dans les transports (et n’en suis qu’au début), eu des discussions passionnantes avec un jeune homme qui sillonne le monde depuis 10 ans, j’ai fait faire des habits par un tailleur qui ne parlait pas un mot d’anglais, répondu au moins mille fois aux horribles questions « vitch contrly, yur naime ? », j’ai été coiffée par des mamans indiennes, porté des bébés qu’on m’a mis dans les bras, été invitée à manger chez de parfaits inconnus (pas de panique, je n’y suis pas allée ! Mais les mamans indiennes ici n’attendent qu’une chose : vous nourrir ! De vraies mères juives !), j’ai dit un nombre incalculable de fois que j’étais mariée pour qu’on me fiche la paix, et encore tellement d’autres choses ! Pourtant, pas une minute je ne me sens en vacances, bien au contraire ! Ici mes sens sont tout le temps en éveil, je n’ai pas une minute de repos. J’apprends, encore et toujours, sur ce peuple aux traditions passionnantes, et puis sur moi-même aussi. J’avais senti que ce voyage serait mon voyage initiatique, et bien je peux affirmer après un mois ici que c’est le cas !
Je n’arrive pas à écrire régulièrement ici, j’en suis désolée mais les connexions sont assez compliquées et je ne trimbale pas mon ordinateur partout, au contraire je préfère vivre chaque moment ; par contre j’essaye de tout consigner dans mon journal pour un jour retrouver mes émotions et sentiments authentiques presque captés sur le vif. Les débuts ont été difficiles mais j’ai peu à peu trouvé mes marques, compris certains fonctionnements, développé une ouïe sélective, fait de belles rencontres même furtives, qui m’ont ôté l’envie que j’avais de rentrer pour aller plus loin, continuer la route, continuer le voyage !


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mercredi 3 octobre 2012

Les enfants de minuit

Pendant des années, j'ai feuilleté des livres de Salman Rushdie dans les librairies, attirée par le nom exotique de cet auteur indien, par des éditions parfois magnifiques, des titres attirants. Mais je n'avais jamais osé. Jusqu'à maintenant. Je ne sais pas pourquoi je me suis toujours sentie toute petite à côté des livres de cet auteur dont je n'avais jamais rien lu et très peu entendu parler. On m'a récemment recommandé "Les enfants de minuit", et je me suis jetée à l'eau. Cet énorme pavé est une sorte de tourbillon dont il m'a été difficile de sortir. L'histoire, le style, le mode narratif, tout est une sorte de gros ouragan de mots, d'évènements qui m'ont laissée le souffle court. L'écriture est d'une qualité rare (merci au traducteur d'avoir retranscrit un tel livre avec cette finesse) et l'histoire est si complexe mais si bien amenée que cela m'a immédiatement fait penser à Proust : je me suis imaginé les brouillons de Rushdie pour ce livre, et je voyais des collages dans tous les sens, des bouts rajoutés, des rappels accrochés partout... comme Proust lors de l'élaboration de La Recherche Du Temps Perdu.
Le 15 août 1947, l'indépendance de l'Inde a été proclamée, et ce fut une nouvelle naissance pour ce gigantesque pays. Des enfants sont nés en même temps que l'Inde indépendante, à minuit ce 15 août, et sont tous dotés de pouvoirs magiques très divers, qu'on n'imaginerait même pas dans nos rêves les plus fous. Saleem Sinai, le héros de cette épopée, est l'un des enfants de minuit, celui qui fut reconnu par l'Etat comme L'Enfant : il est né exactement à minuit et son destin sera lié pour toujours à celui de son pays. On entre ainsi dans la vie d'une famille indienne musulmane aisée, remontant à deux générations au-dessus de Saleem pour bien comprendre les tenants et aboutissants de sa personnalité, de tous les membres de sa famille, de tous les évènements qui leur arrivent. On pourrait penser qu'on s'y perd, mais pas du tout : Salman Rushdie parvient à nous rappeler la succession des évènements qui nous a amenés à tel moment de l'histoire : en quelques phrases, quelques pages, il nous retrace la chronologie d'une main de maitre. Ce n'est jamais ennuyeux, au contraire il le raconte toujours différemment et on est toujours content de se rappeler de telle chose qu'on pensait avoir oubliée ou mal comprise. Mais ce n'est pas un roman naïf : c'est un pamphlet politique virulent dans lequel l'auteur critique de façon très acerbe de nombreux aspects du pays : son gouvernement, ses fonctionnaires, la guerre avec le Pakistan... C'est Indira Gandhi qui est la principale cible de Rushdie. J'avais lu "Le Sari Rose" qui met au contraire Indira Gandhi dans une position de victime d'un système plus que de femme cruelle assoiffée de pouvoir, et du coup à la lecture des Enfants de Minuit, j'ai pu mieux comprendre l'importance des évènements historiques relatés, prendre un peu de recul aussi. C'est un livre vraiment intéressant, très bien écrit, et la façon circonvolutoire dont l'histoire est racontée m'a beaucoup plu : je pense que c'est un livre qui se lit et se vit avant tout, et je me rend compte à quel point il est difficile d'en parler. Une fresque passionnante qui a reçu le Booker Prize en 2008 : et c'est mérité amplement !
L'auteur est né en Inde en 1947, je n'ai pas pu m'empêcher, tout au long de ce roman fleuve, de me dire que petit garçon, Rushdie fantasmait sur de tels pouvoirs magiques, qu'il se disait que son destin était lié à celui de l'Inde... en un sens, sa vie est véritablement liée à son pays de naissance, bien qu'il n'y réside plus depuis longtemps. En 1989, Rusdie est condamnée à la Fatwa à cause de son livre "Les versets sataniques", jugé comme blasphématoire par le monde musulman, et l'auteur laisserait entendre qu'il ne croit plus en l'Islam dans son roman, il est donc également condamné pour apostasie. Pendant 10 ans il a vécu sous la haute protection britannique car sa tête avait été mise à prix, et même si on lui a assuré que désormais on ne tenterait pas de le tuer, on ne peut lever la Fatwa. Il est condamné à vie et ne peut plus guère retourner en Inde : en janvier il a été menacé de mort par des musulmans alors qu'il prévoyait de se rendre à Jaipur pour un salon littéraire... Son livre a été interdit dans de nombreux pays musulmans...

Avez-vous déjà lu un Salman Rushdie ?
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mardi 2 octobre 2012

Une histoire indienne

Il était une fois une jeune fille de la caste des Brahmanes (la plus érudite, la plus stricte) née et élevée dans un village du Rajasthan. A 19 ans, elle fut mariée à un homme qu’elle ne connaissait point : elle fut marchandée et vendue par sa famille. Elle alla s’installer dans la famille de son époux directement après les noces, dans la grande ville d’Udaipur. Elle ne parlait qu’un dialecte du Rajasthan et dut apprendre l’hindi au plus vite, au risque de ne jamais avoir aucun échange avec quiconque, dans sa nouvelle famille et ailleurs. De cette union naquirent  deux fils, qui furent élevés dans la famille élargie, auprès de leurs grand- parents, leurs oncles et tantes, leurs cousins, comme toute famille indienne respectueuse de la tradition. Moins de 10 ans après son mariage, le mari mourut. Elle dut observer le rituel du deuil à la lettre, restant 45 jours enfermée chez elle, noyée sous un flot de tissus, dans un petit coin, pleurant la mort de son maître. La vie de la veuve commença à être un enfer. Sa belle-famille montra son vrai visage : elle était ignorée par tous, reniée, elle était devenue transparente, inexistante. Seuls ses fils furent considérés par les leurs. Contrairement à elle, ses fils leur étaient reliés par le sang.
Cette pauvre âme maltraitée ne pouvait retournée dans son village, ni ne pouvait espérer se construire une vie ailleurs : là était sa place, jusqu’à sa mort. Si elle ne l’était pas déjà du vivant de son mari, elle devint prisonnière de cette belle-famille haïssante. On commença à lui demander  de payer pour ses consommations d’eau, d’électricité, de nourriture. On lui faisait payer que son mari fut mort et elle vivante. Elle était pauvre, sans ressources financières ni humaines. Elle vivait dans deux pièces jusqu’à ce qu’elle dût en rendre une faute de moyens : on lui prit sa cuisine pour ouvrir un restaurant. Deux ans elle vécut sans électricité car elle ne pouvait payer les montants qu’on lui demandait. Pour ne pas laisser ses enfants mourir de faim, elle réussit à gagner quelques roupies par jour en lavant les vêtements des touristes, dans le plus grand secret de tous : les Brahmanes n’ont pas le droit d’exercer un métier si déshonorant. Chacun prenait une part de son gagne-pain : le bakchich est roi en Inde. Sa précarité était telle qu’elle ne put bientôt plus honorer les frais de scolarité de ses enfants, qui étaient désespérés de ne plus pouvoir aller à l’école. Alors, enfin, elle demanda de l’aide à sa sœur qui lui donna de l’argent, permettant ainsi de ne pas envoyer ses enfants de 10 et 8 ans gagner leur croûte tous les jours dans les rues.
Un jour, un irlandais vint passer quelques jours à Udaipur, ville encore très peu touristique. Il venait souvent diner au restaurant de la belle-famille et alors se prit d’amitié pour cette femme harassée, durcie, seule au monde. Leur amitié ne put passer par les mots mais par un langage plus universel. Elle lui fit à manger, et il trouva cela si bon qu’il souffla l’idée qu’elle ouvrit un cours de cuisine pour les étrangers. Elle ne parlait pas un mot d’anglais, elle tenait tout ce qu’elle savait de sa mère mais n’avait jamais rien enseigné, ni transmis. L’idée fit son chemin, une liste de recettes commença à se dresser. Son premier cours arriva, elle tremblait, mais tous furent bienveillants avec elle, l’aidèrent à apprendre chaque mots, et peu à peu, à travers les cours, elle apprit à parler anglais mais également d’autres langues. Des australiens lui écrivirent ses recettes en anglais, et d’autres étrangers se relayèrent pour lui envoyer, peu à peu, des traductions des recettes dans d’autres langues. Quelqu’un lui fit son site internet une fois rentré de ses vacances. On l’aidait volontiers, tant elle avait su toucher chacun avec sa nourriture délicieuse et son charme de maman poule. Cette femme intelligente au regard vif parvint à s’extraire de la misère en apprenant tout ce qu’une mère indienne doit naturellement apprendre à sa fille : la cuisine. Aujourd’hui, j’ai passé 5h avec Shashi à sentir, goûter, malaxer, couper, frire, déguster, mixer, mélanger, apprendre. Comme j’aurais pu faire avec ma propre mère, et c’était un moment merveilleux. 
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mercredi 26 septembre 2012

Les aventures fantastiques d'Hercule Barfuss

C'est rare d'avoir un roman avec un vrai anti-héros. Mais là franchement, Carl-Johan Vallgren y est allé fort. En plus d'être né avec un bec de lièvre qui commence sous les yeux, Hercule Barfuss est sourd, muet, sans oreilles avec une tête deux fois trop grosse, des petits moignons à la place des bras, des jambes de nain, une toison drue et noire sur le dos. Bossu, quasiment chauve avec des tâches de vin partout, le crâne bosselé...Ce "monstre" né en 1813 aurait du mourir à la naissance ou très peu après, mais sa détermination à vivre a été si forte qu'il a survécu et développé des capacités extraordinaires de langage : non seulement il fait tout avec les pieds (langage des signes, les utilise pour jouer de l'orgue, attraper des choses, ouvrir des portes...) mais il lit également dans les pensées... et peut communiquer en esprit avec n'importe qui !
Cet être incroyable a un destin extraordinaire malgré - ou grâce - à la répression ecclésiastique très forte de l'époque qui va tenter par tous les moyens de le réduire à néant car il semble être l'incarnation du diable. Plus que la soif de vivre, c'est l'amour qui va faire vivre Hercule, l'amour d'Henriette, petite fille née la même nuit que lui dans la maison close où sa mère est morte en couches. Henriette est sa raison de vivre, de se battre, d'y croire toujours.  Dans l'Europe du XIXème siècle, Hercule va vivre des aventures folles, au gré des rencontres toujours inattendues.
Un roman loufoque, très touchant, un peu trop centré sur l'obscurantisme religieux de l'époque mais très crédible... On y croit, on est emportés dans la lecture... La preuve : lu en 3 jours malgré ses 450 pages! Je le recommande parce qu'il s'agit d'un livre vraiment décalé (et je n'adore pas ça d'habitude !) D'ailleurs, je préfère le titre original : "The horrific sufferings of the mind-reading Hercule Barefoot, his wonderful love and his terrible hatred". Quoi de plus attirant comme titre ?!

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mercredi 19 septembre 2012

Rien n’est trop beau : un grand plongeon dans le New-York de 1950


Cette couverture assez simple, complètement trafiquée mais synonyme d'une époque intéressante mais que je connais trop peu m'a attirée comme un aimant. J'ai acheté ce gros pavé en craignant de ne pas avoir le temps de le lire avant mon départ, de devoir attendre l'an prochain pour le lire. Finalement, je l'ai lu en deux jours top chrono : je me levais la nuit pour le continuer. 
En lisant ce roman, j'avais l'impression de retrouver Mad Men, et ça m'a beaucoup plu. Rona Jaffe - une femme - met en scène des jeunes filles américaines dans les années 1950, secrétaires dans une grande maison d'édition new-yorkaise, qui ont toutes des rêves : un beau mariage, l'amour, la gloire, le bonheur. Elles sont ambitieuses, prêtes à tout, attachantes, déjantées, touchantes. Chaque personnage a sa personnalité propre, très bien ficelée et cohérente, et le lecteur navigue de l'une à l'autre de façon très fluide. On ne s'attarde jamais trop sur l'une ou sur l'autre ; assez cependant pour avoir le temps de connaitre chacune d'elle, d'imaginer son quotidien, de lui attacher notre sympathie. 
Rona Jaffe a écrit ce livre un peu à la suite d'un pari avec un ami producteur de Hollywood, et a pour cela interviewé un très grand nombre de ces jeunes filles qui ont débarqué à New-York des étoiles plein les yeux et des rêves plein la tête. Enfin, on a parlé au grand jour des doutes et des problèmes de ces filles au quotidien : celles qui ont des rapports sexuels avant le mariage, celles qui tombent enceintes, celles qui vivent dans une grande misère affective et financière, celles qui sont harcelées au travail, qui sont contraintes et humiliées en permanence si elles veulent garder leur emploi, celles qui sont divorcées, mères célibataires... toutes ces choses préoccupantes mais indicibles, des millions de jeunes américaines ont enfin pu les comprendre et les partager grâce à ces héroïnes auxquelles elles se sont identifiées. Enfin, on a porté un regard bienveillant sur la condition féminine de l'époque avec beaucoup de talent. 
En aviez-vous entendu parler ?
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lundi 17 septembre 2012

Questionnaire de Proust #9

Une nouvelle semaine qui commence par une question proustienne :

Le pays où je désirerais vivre ?

Moi qui suis partie hier (oui, c'est un billet planifié, car je ne sais quand j'aurai Internet) au bout du monde pour explorer de nouveaux horizons, comprendre une culture radicalement différente de la nôtre, je dois dire que je ne sais absolument pas dans quel pays j'aimerais vivre. Sans doute pas l'Inde, même si elle me fascine, certainement pas les États-Unis (ou bien en Louisiane, dans les années 1960 mais c'est tout). Je n'adore pas l'Angleterre où les traditions du thé se perdent à mon plus grand regret... et je dois dire que je ne connais guère beaucoup d'autres pays ! J'irai vivre quelques mois en Espagne l'an prochain, mais je ne crois pas que ça sera un pays où j'aimerais vivre plus longtemps... Je pense qu'on rêve toujours d'un ailleurs mais c'est pour mieux se rendre compte qu'on est bien chez nous. Il y a tant de lieux si incroyables dans le monde, bien sûr qu'on a envie d'aller découvrir, explorer, visiter, mais à long terme, pour construire sa vie, je ne pense pas que ça soit obligatoirement loin de là d'où on vient. Pas certain que j'aimerais élever des enfants sur un versant de l’Himalaya, ou sur une plage Balinaise. Mais on n'en sait rien, par hasard je serai peut-être amenée à vivre en Amérique Latine ou en Australie ; après tout la vie est longue, et je n'en suis qu'au début. Mon voyage sera certainement un déclic pour beaucoup de choses : je serai mieux capable de répondre à cette question dans un an ou deux!

Et vous, dans quel pays aimeriez-vous vivre ?
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